Annabelle Iszatt : « La mort est souvent délaissée par les architectes »

01-11-26 - 06:00
Cofondatrice de l’agence montpelliéraine ZATTnSAT, Annabelle Iszatt a conçu l’extension du complexe funéraire de Grammont. À travers ce projet, elle défend une architecture attentive aux familles et à l’évolution de notre rapport à la mort. Maîtresse de conférences à l’ENSA Montpellier, où elle enseigne, ses récents travaux portent sur le retour de la nature dans les espaces funéraires.
Annabelle Iszatt
© Ludovic Séverac
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Comment l’architecture peut-elle accompagner les familles dans les derniers adieux ?

Annabelle Iszatt : La dimension émotionnelle est essentielle. Dans ces moments particulièrement difficiles, les sensations et les impressions ressenties restent gravées dans les mémoires. Il est donc important de créer une atmosphère douce et apaisante, notamment grâce à l’éclairage. L’extension du complexe funéraire de Grammont a permis de concevoir plusieurs espaces, depuis les salons consacrés à la veillée jusqu'aux lieux où les familles peuvent ensuite se retrouver et se réconforter. Aucun de ces espaces ne doit susciter de sentiments désagréables chez les proches endeuillés. Pour mener ce travail, nous avons notamment collaboré avec une énergéticienne.

Pourquoi avoir voulu un salon funéraire spécifiquement dédié aux jeunes défunts ?

A. I. : En règle générale, les enfants sont accueillis dans les mêmes espaces que les adultes, sans aménagement particulier. Or, la mort d'un enfant est une situation singulière. L’enfant n’est pas un mort comme les autres. Les parents souhaitent pouvoir rester auprès de lui, parfois jour et nuit, et les personnes qui viennent lui rendre hommage sont souvent plus nombreuses. J'ai donc créé un espace en ce sens, avec notamment un mobilier adapté. Il bénéficie d'une lumière naturelle et d'une vue sur l'extérieur. Ces choix permettent de créer un environnement plus chaleureux, mieux adapté à ces circonstances si particulières.

Qu'est-ce qui vous a amenée à vous intéresser à l'architecture des espaces funéraires ?

A. I. : Les cimetières sont des lieux relativement délaissés par les architectes, alors qu'ils constituent un véritable sujet de société. Ce sont avant tout des lieux de mémoire. Je n'ai, pour ma part, aucun problème avec la mort et je trouve important de réfléchir aux espaces qui lui sont consacrée. On passe généralement peu de temps dans les complexes funéraires, mais on s’en souvient. Dans ces moments difficiles, le moindre détail peut prendre une importance particulière, que ce soit une couleur sinistre sur un mur ou un faux plafond trop apparent. Ces lieux doivent au contraire être accueillants et réconfortants.

Que disent les pratiques funéraires sur notre rapport à la mort ?

A. I. : On observe une évolution lente dans les sociétés européennes. La mort reste tenue à distance. Les cimetières sont maintenus à l’écart des villes et les défunts demeurent peu présents dans notre quotidien. Les pratiques funéraires, elles aussi, changent. Près de la moitié des Français optent désormais pour la crémation. Autrefois largement codifiés par les religions, les rites funéraires sont aujourd’hui davantage individualisés, dans un contexte de recul des pratiques religieuses. La conception des espaces funéraires doit donc s’adapter à ces nouvelles attentes et à ces comportements.

>>> Lire aussi : Le complexe funéraire de Montpellier se réinvente

Extension du complexe funéraire de la Métropole
Extension du complexe funéraire de la Métropole à Grammont - ©Christophe Ruiz

Retrouver la sépulture d’un défunt en quelques clics

La Ville et la Métropole de Montpellier mettent à disposition un plan interactif en ligne pour localiser les sépultures dans les cimetières du territoire. Cet outil facilite les recherches et permet de retrouver plus facilement le lieu de repos d'un défunt.

Le service permet d'effectuer une recherche à partir du nom, d'une date, d'un numéro de concession ou de plan, puis de visualiser l'emplacement de la tombe sur une carte. Des informations publiques sur les concessions sont également accessibles, ainsi que le calendrier des inhumations.
Le site internet est accessible à l’adresse suivante : montpellier.fr/cimetieres

Cimetière
© Ludovic Séverac

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