Comment l’idée de récupérer de vieux vêtements de ski pour un opéra est-elle née ?
Virginie Brugues : C’est Valérie Chevalier, la directrice, qui en avril dernier, lors de la présentation des productions de la saison a proposé cette idée. Le Baiser de la fée du compositeur ukrainien Théodore Akimenko (1876 – 1945) est une création mondiale. À l’occasion du centenaire de sa naissance, le jeune collectif italien Opera Popolare, en résidence à l’Opéra Orchestre, s'empare de cette œuvre (inspirée d'une fable d'Andersen) et en propose une relecture actuelle, évoquant les conséquences du réchauffement climatique, la déforestation, le surtourisme... L'idée de cette collecte est donc alignée au message porté par la mise en scène et, plus globalement, à la politique RSE de l'Opéra Orchestre qui souhaite réduire au maximum l'impact environnemental des productions artistiques.
Concrètement, qu’avez-vous mis en place ?
V. B. : Dans les productions, ce qui a le plus d’impact en terme environnemental, ce sont les décors et les costumes. Côté décor, il y aura pour cet opéra beaucoup de projections vidéo, ce qui évitera des tonnes de bois et de matériaux. Côté costumes, nous souhaitons privilégier au maximum le réemploi de vêtements existants, plutôt que de produire ou d’acheter des costumes neufs. C’est pour cela que nous lançons avec Emmaus Montpellier Saint-Aunès cette grande collecte de vêtements et d’équipements de ski, en parfait ou très bon état, pour habiller les artistes femmes et hommes du Chœur de l’Opéra (voir encadré ci-dessous).
Cette préoccupation environnementale s’applique-t-elle à toutes vos créations artistiques ?
V. B. : Nous sommes toujours très attentifs à cela. Quand on à la main sur un projet, comme ici avec Le Baiser de la fée que nous produisons, c’est plus facile. Nous mettons tout en place pour rendre cette création la plus responsable possible. Et quand nous montons des coproductions avec plusieurs institutions culturelles, nous "amortissons" les décors en multipliant le nombre de représentations dans ces différents sites. Nous travaillons aussi main dans la main avec des ressourceries pour le recyclage des matériaux utilisés sur scène.
Est-elle aussi présente dans le choix des œuvres qui composent les saisons de l’OONM ?
V. B. : Oui, la préoccupation environnementale est abordée au moins une fois par saison dans notre programmation. Par exemple, en 2023, nous avons produit Climat, un opéra engagé traitant de l'éco-anxiété de la jeunesse avec Opéra Junior. En parallèle, une fresque du climat, une émission radio avec des jeunes et un projet à l'année avec une école montpelliéraine ont prolongé cette prise de conscience des problèmes écologiques abordés dans cette création.
Quels sont les autres projets de votre politique RSE ?
V. B. : Je suis arrivée il y a tout juste un an à l’opéra et j’ai été la première surprise par l’ampleur du travail d’ouverture vers tous les publics, qu'ils soient éloignés, empêchés... .L’engagement sociétal de l’OONM est vaste et prend de plus en plus d’ampleur. Les équipes mettent tout en œuvre pour que la culture profite au plus grand nombre : concerts dans les écoles, les Ehpad, au CHU, actions culturelles avec les personnes handicapées, les enfants de tous âges, dans les quartiers, invitations aux spectacles pour des associations, dispositif Relax… 24 000 personnes ont profité de ces actions la saison dernière. C’est énorme.
Quelles sont les nouveautés de la saison ?
V. B. : Nous allons travailler avec les Restos du Cœur sur des ateliers avec les enfants qui bénéficient de l’aide de cette association. Nous créons également à La Mosson avec Opéra junior, UNi'SONS et le Théâtre Jean-Vilar, un atelier hebdomadaire pour initier les enfants du quartier aux métiers du spectacle vivant et participer en fin d'année à un grand projet collectif ! L’an dernier, nous avons notamment mené le même type de projet avec l’IME les Oliviers qui accueille des enfants neuro-atypiques. Nous commençons également la création d’un opéra avec l'Esat La Bulle Bleue intitulé Le Pyjama bleu, qui sera au programme de la saison 2027-2028.
Ce travail va se poursuivre malgré les difficultés de financement de la culture ?
V. B. : Oui, plus que jamais. Cette ouverture de l’opéra pour donner envie à tous de découvrir cet art tient particulièrement à cœur à Valérie Chevalier et à moi-même, qui ai longtemps travaillé sur les questions du handicap et de l’insertion, notamment au sein de Face Hérault. C’est dans notre ADN. Mais aussi dans celui de nos principaux financeurs, la Métropole de Montpellier et la Région Occitanie. Tout comme celui de nos nombreux mécènes qui participent au financement de ces actions. Toutes les aides sont les bienvenues, nous avons encore de multiples projets en tête pour rendre la culture accessible à tous.
Votre tenue de ski, star de l'opéra
Calendrier de la collecte :
- Du mardi 8 au samedi 12 septembre chez Emmaüs Montpellier (34130 Saint‑Aunès) | de 8h à 12h et de 14h à 18h – Bâtiment Textile ;
- Samedi 12 septembre à l’Opéra Comédie : de 11h à 12h30 et de 14h à 17h.
Équipements de ski recherchés pour l'opéra Le baiser de la fée :
- Vestes et pantalons (pas de pulls, de polaires) ;
- Combinaisons intégrales ;
- Casques ;
- Bâtons ;
- Bandeaux ;
- Lunettes / masques ;
- Chapeaux en fourrure type chapka ;
- Quelques doudounes colorées ;
- Chaussures de ski (hommes uniquement) et après-ski (type « moon boots »).
Dans l’idéal, les équipements doivent refléter l’esprit des tenues portées dans les années 80/90.
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