Cinéma

Montpellier dans la course aux César

02-09-26 - 06:30
À l’approche des César du cinéma, les productions montpelliéraines abordent cette nouvelle édition avec un beau contingent de courts métrages. Neuf films, portés par des artistes et des sociétés du territoire, figurent parmi les œuvres éligibles pour la cérémonie de février 2027. Mais entre présélection et nomination, le chemin est encore long jusqu'à la statuette.
" Le bateleur "de Jennifer Fanjeaux
" Le Bateleur "de Jennifer Fanjeaux - © Eté Caniculaire
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Les producteurs français avaient jusqu'au 15 juillet pour soumettre leurs films auprès de l'Académie des César et concourir pour le prix du meilleur court métrage de l’année. Plus de 300 œuvres, répondant à des critères sélectifs précis, ont été acceptées. À partir de cette liste, les comités de sélection retiendront, en septembre, 48 films (24 fictions, 12 animations, 12 documentaires). De cette short-list sortiront les 10 films officiellement nommés et soumis au vote des quelques 5 000 membres de l’Académie en février 2027.  

Le triplé de Tripode

Fondée en 2017 par Delphine Schmit et Guillaume Dreyfus, Tripode affiche cette année la plus forte représentation d'une société de production montpelliéraine dans cette sélection, avec trois films inscrits. Parmi eux, 7h53 fait figure de fleuron. À la frontière du drame et du fantastique, le film suit un couple qui se retrouve deux ans après la mort de leur fille, lorsque l'enfant revient mystérieusement à la vie. Auréolé du Grand Prix au Rhode Island Festival cet été, le film de Pénélope Rose aborde la compétition française déjà doté d'un prix international majeur et bénéficiant d'une visibilité outre-Atlantique. Sans compter que son prix américain est qualificatif pour les Oscars. 

Métal Hurlant de Nicolas Aubry, est un huis-clos sous haute tension qui plonge le spectateur dans la cabine d'un camion d'une chauffeuse routière polonaise. À l'arrière du véhicule se cache un jeune migrant. Lorsqu'un détecteur de CO₂ fixé sur la paroi se déclenche, la présence clandestine du jeune homme devient impossible à ignorer. 

D'un ton plus léger, Lady Attila est réalisé par Apolline Andreys, qui interprète Agathe, employée dans un garage de machines agricoles. Lorsqu'elle découvre l'existence d'un concours d'Air Guitar, elle décide de monter sur scène et jouer du rock. C’est le premier film d’Apolline Andreys, formée à  Montpellier au sein de La Compagnie Maritime, et elle-même championne de France d’Air Guitar. 

Une nomination aux César constituerait une première pour Tripode Productions, qui a déjà construit un palmarès exceptionnel à Cannes, avec une Palme d’or du court métrage et une Caméra d’or en 2019.

Léa Triboulet, deux films en lice

La Belle Affaire Productions, dirigée par Jérôme Blesson, se distingue également avec deux films éligibles réalisés par la même réalisatrice. Léa Triboulet, dans Le Pont, livre une œuvre personnelle liée au suicide de sa mère. En revanche, La Passée est une commande du musée Fabre de Montpellier qui souhaitait valoriser ses collections à travers le regard de jeunes cinéastes. Le film est inspiré de Virginie Binet, premier grand amour du peintre Gustave Courbet. Le tournage s’est déroulé au pont d'Ambrussum, à la tour de Farges et aux étangs de Palavas : des lieux peints par Courbet lors de ses séjours à Montpellier. 

La Belle Affaire Productions a déjà vu plusieurs de ses films entrer dans la course aux César. Si aucun n’a encore décroché de nomination, cette présence régulière témoigne de la vitalité de la société qui s’est déjà distinguée au niveau international, notamment avec Loup & Chien de Cláudia Varejão, récompensé à Venise en 2022. 

Le musée Fabre, version virtuelle

Normal Planet est un autre film issu de l’appel à projets du musée Fabre. Il est signé Ekiem Barbier, Guilhem Causse et Quentin L'helgoualc'h, qui poursuivent ici la construction d'une filmographie singulière, initiée avec Marlowe Drive en 2017. En utilisant les mondes virtuels, le trio montpelliérain interroge notre rapport au réel, à l’art et à la culture. 

Loufoque et rafraichissant, ce documentaire produit par la société alésienne Les Films Invisibles, transpose le musée dans un univers virtuel en ruine, peuplé d’avatars aussi improbables qu’une grenouille agent de sécurité, un vélociraptor ou un pingouin romantique. « Tous les personnages sont réels, explique Guilhem Causse. Les dialogues des avatars sont issus de paroles enregistrées au musée Fabre. J’y ai passé plusieurs jours à repérer des visiteurs et leur demander de porter un micro durant leurs parcours. Au bout d’un moment, ils l’oubliaient et je captais des conversations parfois improbables ». 

Après avoir collectionné les récompenses internationales avec Knit’s Island (2023), un éventuel César constituerait une nouvelle consécration pour les trois réalisateurs.

La Métropole en lice, elle aussi

La Métropole de Montpellier est particulièrement présente dans cette course au César. Quatre des neuf films ont bénéficié de son Fonds d'aide à la création ICC ; une présence significative pour ce dispositif créé en 2022 afin de consolider la filière de l'image sur le territoire. 

Tout comme Le Pont, 2h14 de Luciano Lepinay a bénéficié de ce soutien financier. Ce drame mêlant prise de vue réelle et animation est une coproduction entre la société lilloise Tchack et le studio montpelliérain Les Fées Spéciales. « Le film explore les pressions subies par les jeunes aujourd'hui, amplifiées par les réseaux sociaux, les crises mondiales et l'isolement. En tant que jeune parent, ces sujets me touchent », confie le producteur Flavio Perez. Le film figurait cette année, dans la sélection officielle d'Animafest Zagreb, le doyen des festivals d'animation après Annecy. 
 

Inspiré par le territoire

Les deux derniers films soutenus par la Métropole prolongent, chacun à leur manière, cette idée de personnages confrontés à un monde qui les dépasse. Dans Le Bateleur, Raoul, un adolescent, retrouve son père après plusieurs années d’absence. Sorti de prison, ce dernier tente de renouer avec son fils le temps d’un week-end. Face à un monde d’adultes dont il ne maîtrise ni les règles ni les failles, le jeune garçon doit composer avec les conséquences de décisions prises par les adultes avant lui. 

Un séquoia, un étang

Ce premier film sensible de Jennifer Fanjeaux, déjà scénariste pour le cinéma et la télévision, a été tourné à Villeneuve-lès-Maguelone : « Le projet est née du décor. Les étangs ont une beauté de carte postale. J’arrivais dans le sud et cet endroit m’a inspiré pour écrire l'histoire. » Sélectionné au très important Festival de Clermont-Ferrand en début d’année, il a reçu ensuite le Prix Unifrance. 

Alors que le jeune protagoniste du Bateleur doit affronter les failles du monde adulte, La Nuit du Papillon place son héroïne face à la menace de destruction d’un arbre millénaire. Réalisée par Nadja Anane et produit par Ilha Productions, le court métrage s’inspire de l’histoire vraie de Julia « Butterfly » Hill, militante écologiste américaine qui a vécu 738 jours dans un séquoia pour empêcher son abattage. 

Les effets spéciaux en action

Derrière cette histoire écologique se cache un véritable défi de fabrication faisant de La Nuit du Papillon l'un des projets les plus ambitieux accompagnés par le Fonds ICC. Une partie du film a été tournée en décors naturels dans les Cévennes, avec comédiens et techniciens installés à 30 mètres de hauteur. 

Pour la scène de tempête, les effets spéciaux ont été confiés aux Tontons Truqueurs, installés au studio de Vendargues. Un séquoia géant y a été reconstitué, tandis que la forêt, scannée par drones, était reproduite sur des murs LED. La production virtuelle et les effets numériques ont ainsi représenté 40 % du budget du film. « Se retrouver sur la liste des César, après ce chemin, tient déjà de la victoire », se réjouit la productrice Déborah da Silva. 

Reste désormais à figurer parmi les 48 films retenus par l'Académie des César. Si tel est le cas, l'enjeu sera alors de transformer cette présence en véritable nomination.


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